De quoi le djihadisme est-il le nom ?

3 août 2016

1.Religion

De quoi le djihadisme est-il le nom? (Partie 1) 

C’est le choc. Les pouvoirs publics sont en émoi. Le phénomène djihadiste ne concerne pas juste, ô surprise, les seuls jeunes issus de l’immigration, les «musulmans d’origine». A rebours des idées reçues, 23% des 1132 Français impliqués dans les filières djihadistes seraient, selon le Ministère de l’intérieur, des français de «souche» convertis, qui n’ont pas été élevés dans la culture musulmane1. De son coté, le centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CDSPI) révélait le profil type des candidat(e)s au djihadisme. Celui-ci ne correspondrait aucunement selon ses enquêtes, à l’imaginaire médiatique savamment entretenu: 80% des candidats au djihad sont issue de familles, sur les 160 ayant fait appel au CDSPI,  qui se déclarent athées. Tout aussi surprenant, 67% d’entre-eux seraient issue des classes moyennes, les milieux populaires n’étant représentés que par 16% des candidats2.

Ces chiffres sont bavards. Ils dégoulinent de signification. Ils interpellent le sens commun et le mettent à rude épreuve. Ils en disent long sur l’élite, sa mentalité et son inefficacité face au phénomène djihadiste. Elle n’en comprend pas la réalité car elle se suffit de ses préjugés. Ils dévoilent la glauque réalité du désarroi d’une partie de la population française, notamment jeune, n’ayant de choix, dans le marasme économique et politique où nous baignons, qu’entre radicalisme religieux, extrémisme politique et émigration professionnelle.«Quand l’âme a soif, disait Victor Hugo dans Ruy Blas, il faut qu’elle se désaltère, fût-ce dans du poison!»,en l’occurrence celui du radicalisme salafiste et djihadiste. Ils révèlent aussi un affaissement intellectuel. Celui de la pensée musulmane d’un coté, incapable de colmater l’hémorragie djihadiste et de détruire les fondements idéologiques et théologiques du salafisme. Et de l’autre, celui de la République Française qui s’enferment dans un laïcisme borgne et un libéralisme aveugle, qui l’empêche d’aborder en profondeur le phénomène djihadiste, au-delà des gesticulations sécuritaires et des bavardages sur les chiffres.

En effet, ces chiffres et l’origine des djihadistes que révèlent les enquêtes perturbent la vielle chansonnette médiatique et confortable du «nous, les civilisés de souche, contre eux, les barbares immigrés ou leurs progénitures». Alors on pinaille sur les détails. Les chiffres et l’origine tiennent lieu de débat. L’absence de projet oblige au rejet. Mais sans l’épouvantail de service comment continuer ?

Sueur froide donc. La souche serait pure. Elle est française. Bien intégrée, assimilée, puisque d’origine. Quand l’enfer était l’autre, c’était plus rassurant. Cela vient de voler en éclat. Les politiques bégaient. Le désarroi s’affiche. La grille, rouillée, ne sert plus. Sa lecture de la réalité ne tient plus. D’où le bavardage que cela suscite. Mais elle est révélatrice de la vision des politiques et des pouvoirs publics. Ils y croyaient donc vraiment : le crime serait basané, barbu et pas « très catholique» ; le radicalisme, c’est sûr, ne peut être que religieux ; et l’intolérance ignoble, forcément, est musulmane. Aux yeux de l’égalitarisme fanfaronnant, niant les couleurs pour être «neutre», nous avons, en fait, la «couleur» qu’elle assigne en cachette à chaque groupe. Le mal aurait une peau, une origine, une religion. Elle serait forcément intrinsèque à certaines populations, puisque le système, la société, la République restent, intrinsèquement, immaculés de «blanches» vertus. Sinon comment comprendre la surprise et la réaction politico-médiatique sur ces chiffres? En quoi, en effet, l’origine immigrée ou de souche influe t-elle sur les faits ? Que révèle donc ces commentaires et débats sur l’origine française (c’est à dire blanche et donc de souche) de certains djihadistes issus de la France, si ce n’est que l’imaginaire des élites continue d’être habité par l’essentialisme coloniale et raciste qui classifiait la vertu et le mal, la civilisation et la barbarie, selon la couleur, l’origine et la religion. C’est l’une des causes de la cécité française et de l’inefficacité des élites. Les œillères de la suprématie empêchent de voir les fissures de l’écroulement et de percevoir les évidences.

Doit-on le répéter? La réalité des candidat(e)s au djihadisme, d’origine immigrée ou pas, est, à un certain niveau d’observation, la même: à savoir qu’ils sont issus de la même société, ont grandit dans le même pays, ont fréquenté les mêmes écoles de la République et parlent, pensent et rêvent dans la langue de Molière. Il s’agit donc de personnes originaires, malgré les spécificités individuelles, familiales et sociales, du même terreau culturel: la France. Et c’est d’ailleurs ainsi qu’ils sont perçus à l’étranger, en Syrie ou ailleurs, et continuent de se désigner (sous le nom de al-fransi) malgré leur emprunt de surnoms arabes de guerre. La perte de vue de cette évidence en amont, brouille, en aval, toutes les analyses et réponses contre le radicalisme et le djihadisme (qui en est issu) et contribue peut-être même àaccentuer ces deux phénomènes. Car elle vient confirmer le sentiment de rejet et de non appartenance à la nation, qui est souvent à l’origine du basculement vers l’extrême. Ces autres, que nous aimons tant haïr pour nous conforter, sont en fait les nôtres, nos frères, nos sœurs, nos fils, nos filles, nos concitoyens. Il faut donc agir en conséquence, parce qu’en réalité, comme le dit si joliment khalil Gibran, ce poète de l’humanité:«de même que pas une seule feuille ne peut jaunir sans que l’arbre entier le sache tout en restant discret. Ainsi nul homme ne peut mal agir sans que vous tous le vouliez en secret ». Les graines du radicalisme se plantent sur nos champs de misère, d’injustice et de vide. Ils ne les justifient pas mais les accueillent et les arrosent. C’est la première leçon qu’il nous faut tirer pour agir.

La deuxième en découle logiquement : il nous faut comprendre le radicalisme religieux et le djihadisme comme un phénomène social universel et trans-civilisationnel qui prend ensuite les couleurs et spécificités du contexte culturel, politique et religieux de la société ou du groupe social dans lequel il sévit. Le radicalisme et le terrorisme n’ont pas de frontière, ni de couleur. Ils ne sont ni islamiques, ni religieux. Ils sont avant tout humain. Athéiste, laïciste, monothéiste ou polythéiste, bouddhiste, hindou, juif, chrétien, musulman ou autre, le phénomène du radicalisme, et l’histoire nous le montre, a pris et prend encore toutes les formes possibles. Et il est de ce fait à étudier au-delà des formes spécifiques qu’il prend. Car l’autre obstacle à toute résolution de ce problème se trouve dans son essentialisation dans une particularité, en l’occurrence l’Islam. Ce qui nous empêche toute action en profondeur et cohérence dénuée des préjugés formalistes, qui ne font qu’inoculer au corps social les causes supplémentaires du radicalisme religieux ou politique.

Ce point est important. Le traitement efficace du radicalisme et du terrorisme par les pouvoirs publics, passe par là. Sinon l’on se contente de slogans rassurants et d’actions de surface, qui en rien ne règlent la situation, et finissent brisés telle l’écume, sur les rives de la réalité brute, qui, elle, n’a pas de religion et n’est ni de droite, ni de gauche et se contre-fiche des délires de l’extrême droite. Il faut donc «dé-musulmaniser », «dé-culturaliser» et «dés-idéologiser » notre appréhension du djihadisme sans pour autant oublier la complexité et multi-dimensionnalité de ses manifestations. C’est ce que peinent à comprendre, à cause de l’esprit partisan catho-laïc, de gauche et de droite, la République française et les élites de notre pays.

Deux autres enseignements sont à déduire des études concernant le profil des candidats au djihadisme ainsi que des chiffres avancés. La première se trouve dans le faiblesse numérique du nombre de ces candidats sur l’ensemble de la population musulmane française (5 millions). En effet, si l’on s’en tient aux chiffres donnés, le nombre de ces candidats, variant entre 1132 (celui du procureur de la république) et 4000 (le chiffre défendu par Marine le Pen) personnes, correspond à un taux qui va de 0,02% à 0,8% des citoyens et résidents de confession musulmane. Ce qui, non seulement est rédhibitoire et montre le caractère sectaire et minoritaire de ce mouvement, mais elle indique aussi la position de la très grande majorité des musulmans sur la question, malgré les cabales médiatiques et les discriminations subies, qui sont autant d’argument utilisés par les djihadistes pour légitimer leur action et convaincre leurs coreligionnaires. Le second enseignement, quant à lui, découle des profils et parcours de ces candidats, convertis depuis peu pour une partie importante ou récemment pratiquant pour la majorité. Ils se caractérisent tous, en tous les cas, par une connaissance sommaire et une immaturité spirituelle abyssale. On comprend dès lors que la culture et la connaissance religieuse, spirituelle et philosophique profonde (de la sienne et de celle des autres) sont un moyen des plus déterminant pour résister aux élucubrations salafi-djihadiste et à toutes les autres formes de sectarisme et de radicalisme religieux, idéologique et politique. Ce qui en soi exige un aggiornamento idéologique important de la part des femmes et hommes politiques sur la question de l’enseignement des religions et des spiritualités et sa facilitation à travers l’école publique et privée (au même titre que la philosophie) et les associations. Cela devrait être possible, sans pour autant favoriser une religion ou une philosophie particulière, ni remettre en question le principe de laïcité qui n’est pas le laïcisme. La neutralité (de l’État et du corps enseignant) pouvant et devant signifier dans ce cas, la possibilité donnée à chacun d’avoir les moyens de son cheminement et de son autonomie inter-dépendante. Moyens de cheminer qui passent aussi par l’existence et la connaissance des autres voies, et leurs expressions plurielles, dans une société qui assume son caractère «uni-diverselle» (contraction d’universelle et de diversité). Et où les principes d’unité s’affirment par le riche maillage, socialement nourri et politiquement entretenu, des cultures, religions et philosophies, sur un contrat et tissu social solide et solidaire.

Nous pointons ici la question du tissu social et du contrat social, à l’heure où la déshérence socio-économique exacerbée bat son plein et qu’aucune solution économique et politique ne semble venir au loin. L’inégalité et la misère (sociale et spirituelle) dévorent le tissu social et tuent la société au cœur de son contrat social puis isolent les groupes et individus dans les ghettos de l’égoïsme et/ou de la pauvreté. On pense alors de là -haut « ce qu’il faut » pour maintenir l’ordre établi et on «culturalise», pour ne pas aller au vraies causes, les méfaits sociaux qui en découlent et qui, paradoxalement, le justifie. Le déterminisme règne, l’espoir se perd. Or, le désespoir est un vide qui ne cherche à se combler que par ce qui lui ressemble…le vide. «L’extrême désespoir est une espèce de mort qui fait désirer la véritable »(Victor Hugo). La République Française, de la Marche pour l’égalité (dites des beurs), aux affaires de voiles jusqu’à la révolte des banlieues en novembre 2005, en passant par le débat sur l’identité Française, et durant trente années de politique néolibérale sans succès, n’a fait qu’accentuer le malaise et saper, dans son aveuglement «laïcide», idéologique et économique, les bases de la société en ne se préoccupant que du sommet. Or en tant de tempête, délaisser les fondements d’un édifice vacillant est pure folie. Car«la pierre la plus solide d’un édifice est la plus basse de la fondation.» (Khalil Gibran). Et cette fondation, pour la République, c’est le peuple et les citoyens qui la composent, et que l’on décompose à coup d’ennemis intérieurs, de bouc-émissaires (musulmans et Roms) et d’abrutissement médiatique globalisé. Le djihadisme c’est l’hémorragie d’une société qui vacille sur ses fondements tout en croyant danser sur une «marseillaise» qui « dé-rap » et «dé-raï» à la lueur des feux de braise qu’elle prend pour ses «lumières». La France doit sortir du laïcisme borgne et du libéralisme aveugle si elle désire vraiment la laïcité et la liberté ; l’égalité et la fraternité. Si elle veut la prospérité. Et cela, en réalité, reste lié au devenir des banlieues et la place de l’islam dans notre pays, ainsi qu’à la capacité et le génie de notre société à faire de la présence et énergie de ces populations, avec celle des classes populaires et de l’ensemble de la jeunesse, une sève nouvelle de vigueur et de renouveau national, européen et mondial. Or, c’est bien l’inutilisation de ces énergies et leur relégation permanente depuis trente ans, au moins, qui alimentent les réservoirs du radicalisme religieux et politique, populiste ou djihadiste. La France ne peut survivre à une guerre civile larvée, où tout le monde se regarde en chien de faïence, la confiance laissant la place à la méfiance et où l’on passe de solidaire à solitaire.

Mais pour ce faire, en ce qui concerne en tout cas les musulmans et la lutte contre le djihadisme, rien de cela n’est possible tant que le doute concernant le rapport de l’islam à la violence ne sera pas réglé. Que dit vraiment le Coran, source ultime de l’islam, dans sa totalité reliée sur la question du djihad, de la violence et de la tolérance ? Quelle est donc la position de la révélation coranique, qui se dit « claire » et « sans équivoque »? La réponse frontale et sans faux fuyant à ces questions, en dehors des citations partielles et partiales (religieux ou idélogiques) et des appels incohérents et non convaincants à la contextualisation d’un livre qui se proclame universel et est vécu comme tel par la majorité des croyants, est une necessité. Les lignes qui suivent vont tenter d’apporter quelques éléments à partir du Coran lui même. (La suite dans la deuxième partie qui paraîtra la semaine prochaine)

1www.lexpress.fr/actualite/societe/pourquoi-y-a-t-il-tant-de-convertis-parmi-les-djihadistes-francais-de-l-etat-islamique_1624282.html#swidmfPRjLWiwuhF.99 ,.

2http://www.valeursactuelles.com/societe/terrorisme-le-profil-des-djihadistes-francais-a-relativiser-49119

 

 

De quoi le djihadisme est-il le nom? (Partie 2)

Nous l’avons dit: la lutte contre le radicalisme djihadiste ne peut se faire sans une compréhension globale et «désidéologisée » de ce phénomène, en résonance avec le contexte social et sociétal particulier où il sévit. C’est la première condition à laquelle s’est attelé à mettre en lumière la première partie de cet article. La deuxième se trouve dans la prise en compte des arguments idéologiques du radicalisme et de la forme religieuse et/ou culturelle qu’il prend, afin de les déconstruire à partir de la source philosophique et/ou théologique qu’il manipule à des fins  de domination. En l’occurrence, pour le djihadisme, il s’agit en premier ressort du Coran.

 

Voici donc un florilège des versets (signe si l’on s’en tient au langage coranique) qui parlent du «combat dans le sentier de Dieu». Que les lecteurs veuillent bien prendre le temps de les méditer sans hâte, afin qu’ils se forgent leur propre opinion. Car aucune lutte sérieuse contre l’idéologie salafiste djihadiste, de la part des pouvoirs publics, des responsables politiques et des citoyens de confessions  musulmanes, ne pourra se faire loin du Coran, du moins au sein de la communauté musulmane et auprès des candidats au djihadisme.

 

-«Rappelez vous lorsque nous (Dieu) prîmes de vous l’engagement solennel suivant : vous ne verserez pas votre sang , vous ne vous expulserez pas de vos demeures puis vous y avez souscrit en étant témoins. Mais vous voici, après votre engagement, vous entre-tuant et expulsant une partie d’entre vous de leurs demeures, contre lesquelles vous prêtez main forte par péché et pure agression. Mais quelle contradiction! Quand ils vous viennent captifs vous les rançonnez alors qu’il vous était interdit de les expulser (de chez eux). Croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous le reste? » (Sourate la vache ; signe 84-85).

 

-«Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent et ne transgressez pas, car Dieu n’aime pas les transgresseurs» (sourate de la vache ; signe 190).

 

-«Combattez les donc jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’oppression (fitna) et que le culte puisse alors se faire pour Dieu. S’ils cessent (l’oppression et le combat) alors point d’hostilité si ce n’est qu’envers les injustes…Celui qui transgresse à votre encontre transgressez contre lui à l’égal de sa transgression. Et ayez pleine conscience de Dieu et sachez que Dieu est avec les vertueux qui ont conscience de lui (Sourate de la vache ; signe 194).

 

« …Et l’oppression est plus grave que le fait de tuer (pour se défendre). Ils ne cesseront d’ailleurs de vous faire la guerre jusqu’à ce qu’ils vous détournent, s’ils le peuvent, de votre culte et foi » (Sourate de la vache ; signe 217).

 

«Il n’y a pas et ne peut y avoir de contrainte en matière de religion et de culte, car la guidance se distingue clairement de la déviance…» (Sourate la vache ; signe 256).

 

- «…Et leur Prophète (des enfants d’Israël) de répondre:  »êtes vous sûr, si le combat vous est prescrit, de ne pas vous détourner? ». Ils lui répondirent:  »et pourquoi donc refuserions nous de combattre dans le sentier de Dieu, alors que nous avons été expulsé de chez nous et séparez de nos enfants…» (Sourate la vache ; signe 246)

 

- «Pour quelle raison d’ailleurs ne combattriez vous pas dans le sentier de Dieu et des opprimés et humiliés parmi les hommes, les femmes et les enfants qui crient :  »ô seigneur libère nous donc de cette cité injuste. Donne-nous de ta part un allié, offre nous de ta part un défenseur »» (Sourate des femmes ; signe 75).

 

- «…S’il se tiennent à l’écart (parlant des hypocrites qui prenez les armes contre les croyants des que l’occasion se présentait) et au lieu de vous attaquer vous offrent la paix, Dieu ne vous donne plus aucun droit de les inquiéter. Vous en trouverez d’autres qui désirent vous rassurer et rassurer les leurs (qui sont en guerre contre vous) mais à chaque fois qu’ils sont invité à opprimer, des que l’occasion se présente, ils y régressent en masse. Si ceux là ne se mettent pas à l’écart, ne vous offrent pas la paix et ne s’abstiennent pas de vous agresser, alors saisissez les et tuez-les ou que vous les trouviez, sur ceux là nous vous donnons autorité et un argument évident». (Sourate des femmes ; signe 90 et 91).

 

-«Autorisation de se défendre est donnée à ceux qui sont agressés et injustement opprimés, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir. Ceux qui ont été chassé de chez eux, sans droit, uniquement pour avoir dit « Dieu est notre seigneur ». Et si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, les ermitages, les synagogues, les temples et les mosquées dans lesquels (tous) le nom de Dieu est souvent évoqué, seraient tous détruit. Et Dieu aidera assurément ceux qui aide sa cause. Car Dieu à la force et la toute puissance. (Sourate le pèlerinage ; signe 39-40).

 

«O être humains, nous vous avons créé d’un homme et d’une femme et avons fait de vous des nations et tribus différentes pour que vous vous entre-connaissiez (et échangiez). Le meilleur d’entre vous est (non l’homme ou la femme, non le blanc ou le noir, non l’européen ou autre sur le reste) en réalité, auprès de Dieu, le plus conscient de Dieu  et le plus pieux». (Sourate des chambres ; signe 13).

 

Nous le voyons, tous ces passages du Coran, qui sont en cohérence avec l’ensemble du Livre, sont d’une limpidité extrême et rejoignent tous les autres qui parlent de liberté et responsabilité humaine, de miséricorde divine et d’appel aux autres religions et traditions de rester fidèle à l’esprit de leurs révélations et principes : «Dis ô Gens du Livre vous n’êtes sur rien de valable tant que vous n’appliquerez pas la Thora et l’Évangile ainsi que ce qui vous fut révélé de la part de votre éducateur-seigneur. Mais ce qui t’ai donné de révélation (le Coran) de la part de ton éducateur-maitre n’augmentera chez beaucoup d’entre eux, qu’un esprit de rébellion et d’infidélité. Cesse donc de te préoccuper d’eux. Ceux qui ont la foi, ceux qui sont juifs, les Sabéens et les chrétiens, en réalité quiconque aura cru en Dieu et au jour dernier et fit de belles œuvres, ceux là n’auront aucune crainte et ils ne seront jamais affligés ». (Sourate de la Cène ou table servie; signe 68-69).

 

Aucun de ses passages ainsi que le reste du Coran qui dans sa cohérence et reliance en est solidaire, n’offrent d’argument à une quelconque entreprise de «guerre sainte», ni au terrorisme d’État, ni à celui des groupuscules opposants. Le djihadisme salafiste est anti-coranique. Et mêmes les signes de la sourate du repentir (tawba), dit « verset du sabre » (un nom horrible et de mauvais goût qui en dit long sur la mentalité qui le forgea), utilisés à tout va comme slogan par les djihadistes, ne sortent du cadre coranique de légitime défense contre l’oppression et la tyrannie. Voici les passages en question reliés à leur contexte littéral au sein du Livre: «lorsque les mois sacrés seront terminés (c’est le délai que la sourate donne aux idolâtres en guerre contre Medine et les croyants, à l’époque du prophète, à l’exception de ceux qui ont un traité de paix et la respectent, comme l’indique les signes qui précèdent ce passage) tuez les idolâtres où que vous les trouviez! Capturez les ! Assiégez les ! Dressez contre eux des embuscades ! Mais s’ils se repentent, accomplissent la prière et donnent la Zakat (l’impôt social purificateur pour les nécessiteux), laissez les donc en paix (malgré leur crime passé), car Dieu pardonne, il est miséricordieux. Et si l’un de ces idolâtres venez à toi pour te demander asile alors accorde le lui afin qu’il puisse (aussi) entendre la parole de Dieu. Puis fait lui atteindre son lieu de sécurité et de destination (sans qu’il se soit convertit donc), car ce sont des gens qui ne connaissent pas. Mais comment pourrait-il y avoir un pacte auprès de Dieu et de son Prophète avec les idolâtres, hormis ceux avec qui vous aviez conclu un traité de paix auprèsde la mosquée sacrée ? Tant qu’ils seront juste envers vous soyez le en retour, car Dieu aime ceux qui sont de bonne foi. Mais encore une fois (en dehors de ceux là) comment un pacte est-il possible, alors que lorsqu’ils prennent le dessus, ils ne tiennent compte à votre égard ni des liens de parenté, ni des accords (de paix)? Ils cherchent, par leurs belles paroles à vous amadouer, tandis que leur cœurs se refusent (à vous) et qu’ils sont, pour la plupart, des scélérats. (…)Ne combattriez vous pas des gens qui ont violés leurs pactes, ont cherché à expulser le Prophète et ont commencé les hostilités ? Allez vous donc les craindre alors que seul Dieu est digne de votre crainte? (sourate du repentir ; signe 5-13).

 

Ces citations sont longues, et nous prions les lecteurs de nous en pardonner. Mais il nous semblait nécessaire d’aborder de front la problématique qu’est le soupçon d’appel à la violence, qui serait intrinsèque à la révélation coranique. Nous l’avons vu il n’en est rien. Le Djihad (qui veut dire effort et résistance) concerne à son niveau armé et défensif (car il comporte d’autres dimensions, notamment spirituelle et intellectuelle), la résistance à l’oppression. Celle là même que reconnaît toutes les traditions spirituelles, religieuses et philosophiques, ainsi que la déclaration universelle des droits de l’homme qui inspire toutes les démocraties réelles du monde contemporain. En lisant d’ailleurs son préambule tout en gardant en tête les passages coranique cités ci-dessus, on ne peut être que frappé par la convergence des valeurs défendues, entre la révélation et la déclaration:

 

«-Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

 

-Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

 

-Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

 

-Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations.

 

-Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

 

-Considérant que les États Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

 

-Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement. »

 

Nous le voyons bien, la concordance est sans équivoque. Ce que soulève le préambule de la déclaration universelle des droits de l’Homme, au nom de l’humanité, se rapproche de ce que révèle le Coran, dans son combat contre l’oppression et son appel à la liberté, la diversité et la reliance, au nom de Dieu. L’esprit et l’intention sont identique, malgré la différence de style et le niveau d’interpellation choisi. Croire en Dieu c’est avoir foi en l’homme et nier l’homme c’est dénigrer Dieu. Non pas que l’un et l’autre soient identique. Mais tout simplement parce que L’Un, du point de vu coranique, voit l’Homme capable et non coupable. Et que l’humain en l’homme s’élève dans sa quête de sens. Tout religieux qui l’oublie n’a pas de foi, même s’il pratique; toute personne qui s’en souvient, dans la tradition spirituelle ou philosophique qui est la sienne, est l’homme et la femme de foi, universel, par excellence.

Mais si telle est la position claire et sans équivoque du Coran, lorsque lu de façon libre et reliée, d’où viennent donc les violences du terrorisme dans le monde musulman? Qu’elle est l’origine du djihadisme dont les principales victimes, nous l’oublions souvent, sont en très grande majorité musulmanes? Sur quel terreau s’enracine t-il ? Si l’origine des acteurs, de confession musulmane, ne l’explique pas et si la source de l’Islam, le Coran, le contredit frontalement, comment comprendre et expliquer ce phénomène du djihadisme? C’est ce que nous allons tenter d’élucider dans la troisième et dernière partie de cet article. (La suite et dernière partie sera publiée pour la semaine prochaine)

 

De quoi le djihadisme est-il le nom?(partie 3): Les causes

Les origines du phénomène djihadiste ne sont pas culturelles. Nous l’avons démontrer. Elles ne sont pas coranique non plus. Cela aussi fut mis en évidence. L’attirance qu’exerce la doctrine wahabiste-djihadiste, qui est la véritable source du fondamentalisme religieux musulman, et sa capacité de recrutement dans les différents milieux, a pour ressort la dégradation de l’environnement socio-économique et politique d’un coté et d’une misère affective, intellectuelle et/ou spirituelle de l’autre, qui rend vulnérable les esprits juvéniles et fragiles. Il s’agit donc de choix, de comportements et d’actes certes libres et consentis et à prendre en tant que tel, mais qu’il est nécessaire de comprendre à l’aune de leur contexte et complexe, interne et externe, intime, collective et interactive. Car les actes humains sont des files d’intentions et de décisions qui se lient et se lisent dans l’ensemble social tissé qui les porte. Cet ensemble tissé (complexité) est un kaléidoscope qui oblige l’observateur soucieux d’avoir une bonne compréhension de la réalité, à prendre en considération, ensemble dans la mesure du possible, toutes les facettes du phénomène étudié.

Pour ce qui concerne notre question, « de quoi le djihadisme est-il le nom ? », la réponse la plus proche de la réalité demandera l’apport de plusieurs causes explicatives. Celles-ci sont en lien avec l’état de la communauté et des sociétés majoritairement musulmanes,d’une part et, d’autre part, avec les décisions et orientations internationales et nationales des pays occidentaux concernant l’Islam et le monde musulman. En effet, nous pensons que le djihadisme est avant tout le fruit de relations et interactions difficiles, violentes et malsaines de sociétés, musulmanes et occidentales, respectivement en crise. Ces causes sont multiples et se croisent, et font appel à la responsabilité aussi bien (d’abord) des musulmans que des pays occidentaux et leurs contradictions. Ses causes du djihadisme sont à la fois d’ordre psychologique, théologique, politique et géopolitique, telles que nous avons tenté de les résumer, sans pour autant être exhaustif, à travers les points suivants :

1) La première cause qui explique le radicalisme religieux et djihadiste est psychologique et intellectuel. C’est le dogmatisme et l’esprit binaire incapables de voir les nuances et couleurs de la réalité et sa complexité. En effet, comme certains animaux biologiquement inaptes de voir certaines couleurs, ces individus, à cause d’une infirmité affective et psychologique dû à leur histoire personnelle et à leur environnement, sont incapables, sur le plan spirituel et intellectuelle d’observer la complexité et les imbrications multiples qui font l’univers. Réduisant ainsi, de ce fait, le tout, l’autre, voire Dieu, à leur perception appauvrie, cette pauvreté intime se traduira par une peur terrible de la contradiction et de la différence, ainsi qu’un doute et une image de soi négative, qui se traduira par une volonté sans borne de prouver, aux autres d’abord, et à lui même en conséquence, sa valeur et sa fidélité, en imposant au tout, pour se rassurer, son image. La domination comme type de relation avec le monde extérieur (nature et humanité) est la conséquence paradoxale de cette fragilité maladive. L’uniformisation est le rêve de grandeur des petits aux égos mal construit, qui lisent par le prisme étroit de leur univers intime étriqué, la création, la révélation et les relations, à coup d’opposition, d’abrogation et d’élimination.

2) À cela s’ajoute, en tant que cause du djihadisme, le contenu de l’héritage musulman pollué et non coranique, qui, dans les faits, est la source principale des musulmans dans leur compréhension de l’islam et leur rapport au monde. Celui-ci en effet, de par sa nature et ses sources, draine en son sein les contradictions, mentalités et violences idéologiques et politiques des sociétés musulmanes médiévales, prises comme modèle et idéal absolu. C’est cet héritage érigé en référence sacrée (ce qu’il n’est en aucun cas) qui en parti, permet de légitimer la violence offensive contre les musulmans et les non musulmans, en flagrante contradiction, comme nous l’avons vu, avec les orientations claires du Coran. Fruit de sociétés, d’histoires, d’hommes qui vivaient avec leurs limites, imaginations, conception, contradictions et conflits, l’imitation (interdite en islam) de ces derniers à conduit la pensée musulmane dans les impasses qui la cernent aujourd’hui. L’entêtement fondamentaliste qu’il soit traditionaliste, soufi ou salafiste, sunnite ou chiite, à idéaliser cette période et ses hommes est l’origine principale, sur le plan théologique et philosophique, des errements de la pensée musulmane contemporaine, de l’échec du projet islamiste et de sa dégénération en radicalisme et djihadisme actif et terroriste. Ce patrimoine érigé en révélation divine incontestable, a cristallisé par les livres et l’enseignement sans réflexion diffusé dans les diverses institutions religieuses, les interprétations partielles et partiales imbibées de conflit des anciens, sans les passer au crible de la raison critique et des orientations cosmiques du Coran. Ce qui explique l’état de guerre civile permanente qui règne entre les divers courants de l’islam et la facilité avec laquelle l’autre, musulman (chiite, sunnite, salafiste, islamiste, soufi etc..) ou non musulman, peut être excommunié de l’islam et/ou de la vie. Sans cet héritage en parti empoisonné des anciens, il n’y aurait aucune possibilité, pour les esprits instables, manipulateurs et manipulés, de justifier le terrorisme et la mort d’innocents. Et c’est ce travail de critique des sources (par la raison et le Coran), que la conscience musulmane contemporaine se refuse de faire, par peur de voir disparaître l’essentiel de sa foi et de son identité et de perdre la face vis à vis de l’occident jugé impérialiste.

3) La troisième cause, l’échec du réformisme musulman, découle des deux premières. En effet, le djihadisme démontre la défaite intellectuelle et politique du réformisme salafi, en ses deux branches théologique (salafiyya) et politique (islamiste) qui, devant les blocages et la perpétuation des crises dans le monde musulman, dégénère en fondamentalisme radical et moraliste (salafisme wahabiste) et politique (djihadisme terroriste). Initialement pensé à partir du XIXème siècle en réaction à la décrépitude de l’empire Ottoman et à la domination coloniale occidentale, la salafiyya était un mouvement de pensée qui entendait réformer le monde musulman et répondre aux défis du modernisme européen en revenant à l’islam tel que compris et appliqué par les pieux prédécesseurs (salafs salih) à l’époque de la grandeur de la civilisation musulmane. Elle est donc tributaire, dans ses réflexions et (avant tout) actions, des cadres de pensée des anciens, inadéquats avec les besoins et défis de notre époque et confondus avec les orientations de la révélation qu’ils restreignent et abrogent. Les limites de l’islamisme, le populisme religieux du salafisme et le djihadisme sont les produits direct de cette pensée bloquée, blessée et affolée, qui n’agit qu’en réaction et adaptation, par rapport à la domination occidentale, sans méditation profonde. Ce n’est pas une action de réforme mais la réaction d’un sentiment qui n’arrive pas encore à se stabiliser en réflexion réelle. D’où le formalisme qui caractérise la religiosité musulmane contemporaine et l’incapacité du réformisme à juguler l’extrémisme salafiste que produit son hémorragie spirituelle et civilisationnelle.

4) Une autre cause qui explique en partie le djihadisme est la volonté de puissance, dans laquelle est tombé la résistance musulmane arabes, indo-pakistanaise et iranienne à la colonisation et l’idée d’Etat islamique qui en découlait. Le besoin de dominer est en effet une déviance morale qui finit par annihiler l’esprit des principes et des réformes divines et/ou humaines. Car le pouvoir, par nature, est avant tout préoccupé par les moyens et objectifs concrets et finit dans sa course à la domination et son exercice par oublier les finalités qu’il est sensé servir. C’est dans cet esprit que fut repensé et déformé les notions de djihad, de sharia et d’Etat. Et ce, en les réduisant à la conception impérialiste et dictatoriale des sociétés et royaumes arabo-perse musulmans du moyen âge, avec ses limites et déviances sur la relation entre divin et humain, le premier perçu comme implacable pour qui le second soit incapable. Or, c’est dans cette erreur qu’est tombé la pensée réformiste et politique musulmane, en faisant du pouvoir et de la notion d’Etat islamique une fin en soi. Ce qui a favorisé la diffusion d’une religiosité d’émotivité et d’embrigadement réactive pour l’établissement d’une société musulmane idéalisée et d’un Etat islamique fantasmé en réponse au modèle de société et d’Etat moderne européen. Et c’est, non sans hasard, dans les régions et sociétés musulmanes où le concept d’Etat islamique fut forgé et diffusé à outrance, qu’est né le dijhadisme et l’esprit de disqualification religieuse (takfiriste) des sociétés majoritairement musulmanes, qui n’appliqueraient pas la loi musulmane telle que pensé par ses auteurs et théologiens. Ainsi, ce sont les pays tels que le Pakistan et les Pays arabes sunnites, où l’opposition entre islamistes et dictatures laïques fut des plus féroces, qui sont aujourd’hui le théâtre des attentats djihadistes et terroristes. L’idéologie de la violence, même en cas de légitime défense devant l’oppression, est une arme qui finit toujours par se retourner contre ceux qui l’ont enclenché, pour le plus grand plaisir de ceux qu’ils veulent déloger et qui derrière les soutiennent dans le sens de leurs intérêts géostratégiques.
5) L’ordre dictatorial soutenu par l’impérialisme occidentale et son ordre économique est une autre cause du djihadisme. En effet, nous l’oublions souvent en occident, les premiers groupes djihadistes sont nés dans les geôles des dictatures arabes, notamment égyptiennes. La torture et le déni de droit sont les meilleurs ingrédient pour créer du radicalisme. L’oppression, quelque-soit son degré et son origine, est un vecteur de violence qui déforment les hommes et leurs perceptions. Or dans certaines situations, comme celles que vivent les sociétés musulmanes, la question n’est pas de savoir pourquoi il y a de la violence, mais pourquoi il n’y en a pas plus. Cela est vrai aussi bien pour les prisons réelles que pour les prisons à ciel ouvert que furent et sont encore nombres de pays musulmans. La frustration longtemps confinée dans les abîmes de la misère et de la peur, ne pouvait que violemment sortir et s’exprimer dans le rejet destructeur et la pulsion de mort. Ce qui impacte, comme indiqué précédemment, les perceptions et relations avec le monde, la révélation et soi même.
6) Les politiques internationales et économiques de puissances occidentales et leurs interventions directes et indirectes dans les conflits armés. Ainsi, depuis le 11 septembre 2001 et l’inauguration des politiques globales de lutte contre le terrorisme, nous sommes passés de 1 à 13 foyers du djihadisme dans le monde. Ce qui montre et l’inefficacité de ces politiques qui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu, et la corrélation entre le terrorisme djihadiste les politiques, notamment américaine dans ces régions. En effet, de Ben Laden, qui travaillait avec la CIA durant le conflit afghan des années 80, à l’Irak et les guerres, plus ou moins légitimes, du golf, de l’Afghanistan attaqué après les odieux attentats du world trade center, en passant par l’Algérie et sa guerre civile de 10 ans après l’interruption du processus électoral de 89, et la Libye disloqué qui provoqua la déstabilisation du Sahel, dont le nord Mali. Dans tous ces conflits, producteurs et importateurs de terrorisme, aux centaines de milliers de morts (musulmane, il faut le rappeler), le dénominateur commun reste les politiques occidentales, notamment américaines dans ces régions du monde. Cette réalité est très bien comprise par la majorité des musulmans et est cause de méfiance quant aux belles déclarations de façade pour la démocratie, immédiatement trahies par le soutien inconditionnel aux dictateurs et pétromonarchies dont est issue l’idéologie salafistes et dijhadiste (le Qatar et l’Arabie saoudite notamment). Cela, immanquablement, est créateur de ressentiments extrêmes qui (ne) peuvent (que) se convertir en violence, surtout dans l’atrocité des terrorismes d’Etat et de la misère extrême subis par une très large majorité des populations, si d’autres moyens ne sont pas offerts pour leur expression et la levée des injustices. Partout où l’injustice, la relégation sociale et l’inégalité règnent la violence prime. Dans le monde arabe ou dans les banlieues, au nord comme au sud, cette règle ne change pas. Même si la domination aveugle, pour se maintenir, refuse de se rendre réellement compte de l’état de souffrance quotidienne des peuples soumis.

En conclusion, le djihadisme n’est ni une question d’origine culturelle ou religieuse, ni un phénomène qui serait intrinsèque à l’islam en ses fondements. Il est en réalité un cocktail de «mines» théologiques, politiques et sociales posées ça et là, de part et d’autres des enclos idéologiques et religieux dressés par les ambitions de pouvoirs séculaires d’hier et d’aujourd’hui. Enfant d’une relation tumultueuse, le djihadisme est le fruit d’une nation et communauté musulmane en crise qui n’a pas encore trouvé la voie (sharia) d’une modernité qui lui serait propre. Et de sociétés occidentales, elles aussi en crise, qui peinent à régler les problèmes réels que sont le chômage, la misère sociale et les discriminations, ainsi que les conséquences des contradictions entre leurs politiques internationales et les valeurs de justice et de droits de l’Homme affichées. C’est ainsi que les crises s’interpellent et s’interpénètrent dans le croisement des cultures et civilisations que sont les individus et nations.

La situation exige des pouvoirs publics, en l’occurrence françaises et des leaders et intellectuels musulmans de prendre leur responsabilité, dans une collaboration respectueuse des différences et rôles de chacun. La simple dénonciation émotive et le tout sécuritaire ne sont pas des solutions viables à long terme. La facilitation de la diffusion d’un enseignement musulman fidèle aux finalités de l’Islam (paix) en phase avec les besoins, défis et goût de notre époque est une nécessité d’intérêt général. Cela ne peut se faire au détriment des intellectuels, théologiens et acteurs de la société civile au sein des communautés musulmanes. À cela doit s’ajouter la création, par les musulmans de lieu d’accompagnement personnalisé pour les convertis et celles et ceux qui retournent à la pratique religieuse d’un coté. Et de l’autre, la mise en place, par les autorités compétentes, de suivi des individus désireux de s’embarquer dans la voie djihadiste ou revenant des lieux de combat, s’ils présentent des profils non encore complètement embrigadé. L’idée étant de prévenir avant de guérir et de guérir dans la mesure du possible, avant de condamner à vie, des jeunes souvent portés, dans leur erreur et immaturité, par des sentiments sincères d’aide aux opprimés et de combat de l’injustice, tout comme auparavant, les utopistes gauchistes des années 50, 60 et 70.
Mais plus fondamentalement, il s’agit d’engager une réflexion profonde, théologique et philosophique exclusivement coranique, épurée de l’idolâtrie des anciens. Nous appelons à une philosophie coranique de libération qui sache aller, vers Dieu, au-delà des religions, et trouver en chemin l’humain, par delà les idéologies. À l’intérieur des communautés musulmanes, tous les courant de l’islam et toutes les origines et cultures musulmanes (africaine, asiatique, européenne, indienne etc) doivent être mis à contribution. Nous souffrons trop de la réduction de l’islam à la seule culture et tradition arabe et maghrébine. Les autres composantes de la communauté musulmane se doivent d’intervenir avec leur richesse et spécificité pour décloisonner ce face à face malsain entre l’islam arabo-maghrébine et l’occident. Il y a d’autres façon de vivre l’Islam et d’autres voie pour vivre sa relation avec les autres, qu’Orient et Occident peuvent et doivent apprendre de ces autres.

Le djihadisme, au fond, révèle les limites de nos modèles de sociétés et de civilisation.Nous sommes à la fin d’un cycle, aussi bien du coté de l’islam que du coté de l’occident. Au-delà de la réforme nécessaire de l’islamité des musulmans et de la recherche, tout aussi vitale, d’alternative au modèle occidentale de civilisation, il nous faut panser le tissu cognitif et spirituel cosmique qui fonde l’humanité et la créativité humaine. La solution sera cosmique ou ne le sera pas. C’est à dire qu’elle sera la résultante d’une nouvelle interaction entre Dieu, l’homme et la nature. Il faut repenser le Divin, l’Humain et le cosmique et leur relation à l’intérieur et au-delà des traditions, religions et philosophies, dans un nouveau cadre de pensée élevé et révélé sur un terreau social solide et solidaire. Mais cela, à coup sûr, ne se fera pas sans douleur. Les musulmans et tous les hommes de foi et de consciences ont la lourde charge de relever le défi de replacer l’être éduqué et humanisé au-dessus du savoir, du pouvoir et de l’avoir qui doivent être à son service. C’est la seule voie (sharia) qui s’offre à nous. C’est la finalité unique de toujours qui fait battre le cœur des aspirations religieuses et politiques des sociétés humaines. C’est le seul vrai djihad (effort et résistance) qui vaille la peine d’être réalisé, pour le bien être de tous.

 

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