Bouillon de peuple…

13 septembre 2016

2.Politique

«Je suis le peuple! Je suis le peuple!

Je ne connais pas l’impossible» (Oum kalthoum)

Les moments que nous traversons sont politiquement graves, humainement décisifs. Pendant ce temps, les élections comme les saisons, passent sans que pour autant le vrai changement soit au rendez-vous. A l’écume des bavardages médiatiques et commentaires creux, beaucoup répondent par l’abstention ou l’extrême droite. Dans les deux cas, ils répondent par ce qui annihile l’unité de la nation.

A cela répondre par un acte fondateur, une mobilisation citoyenne et populaire, et faire les choix qui s’imposent. Nous sommes à la croisée des chemins. Là où les choix que nous nous apprêtons à faire ensemble, ou pas, engagent l’avenir de tous. Ce choix c’est le tien, peuple! Ce choix est le nôtre à tous. Il est entre l’humanité qui partage et l’empire qui ravage; entre les ponts qui accueillent ou les frontières qui isolent. Il est entre la générosité ou la cupidité; entre la coopération ou la concurrence. Soit la division, l’uniforme, la haine, le rejet, ou bien l’unité, la diversité, la paix, le projet. Tel est le choix, notre choix à tous, qui engage l’avenir du pays, de l’Europe et peut être du monde, au-delà des échéances électorales.

Nous voici désormais sous l’ère des paroxysmes. Celles des conséquences que des décisions, engagées il y a plus de trente ans, dans un virage économique néolibéral, atteignent dans un grondement de crises, de misère et de guerres. Partout haines et extrêmes pullulent sur le corps social français. Partout de par le monde, la civilisation, l’humanité, le vivre ensemble, reculent devant la barbarie froide de l’avoir devenu avare, de l’identité folle, religieuse ou laïque, encagée dans le rejet. C’est à dire dans l’absence de projet. C’est ce projet de rejet de l’autre, cette barbarie extrême, cette absence d’humain, de rêve, de peuple, que nous venons défier, le verbe haut, le cœur battant et la conscience rebelle et conquérante. Nous, la France unie et diverse, riche parce que diverse, à travers le Collectif des 577.

 

Chaque jour qui passe nous démontre le caractère insoutenable d’un système qui broie la vie humaine et nous dirige vers la guerre de tous contre tous. Partout, les crises économiques et politiques se succèdent en boucle, laissant dans leurs sillages des cascades de souffrances que le désarroi social et la manipulation politique et médiatique transforment en haine. Cette haine sociale et culturelle de l’autre, qui nait de la cupidité économique et de l’absence de projet politique à visage humain, est la tombe qui ensevelira, si rien n’est fait, notre pays, notre continent et peut être notre humanité. Ces mots ne sont pas alarmistes mais réalistes. Il nous faut l’unité qui se nourrit de nos différences; la coopération qui s’inscrit dans la compréhension; et l’action qui s’inscrit dans l’humain et le long terme.

 

Aussi, solennellement, face à ce constat, pour cet objectif, nous nous sommes constitués en collectif, celui des 577, pour que cette nation, que nous formons tous par adhésion et non par identité, soit représentée en sa totalité et diversité par une Assemblée Nationale  qui lui ressemble et la rassemble, à travers ses 577 députés. Issue de divers milieux culturels, sociaux et religieux, de plusieurs associations et mouvements des quartiers populaires, au niveau local ou national, nous décidons de nous constituer en une assemblée citoyenne et populaire, devant l’assemblée nationale, pour relever le défi d’un projet de société à visage humain, qui soit au-delà des recettes et gestions politiciennes de circonstances. Nous nous rassemblons, pour dire qu’un tel objectif est impossible si la représentation nationale n’est pas capable de représenter la nation telle qu’elle est en son unité et diversité. C’est là l’une des conditions, selon nous, de l’unité de notre nation, de sa puissance et du bien-être de son peuple.

 

Pour ce faire, nous déclarons que l’extrême droite et ses idées sont le cancer de notre civilisation. Qu’il n’est plus juste l’apanage d’un parti, mais l’évolution moribonde d’une société qui ne rêve plus d’avenir. Nous déclarons que, contrairement à la maladie biologique, nous avons contre celle-ci, politique et sociale, des remèdes qu’il faut avoir le courage d’engager. Nous déclarons que l’égalité politique et citoyenne, la solidarité sociale, l’équité économique, et la diversité enrichissante et enrichie, sont le seule remède à cette régression «civilisationnelle». Elles sont les conditions, les seules, de l’unité de la nation, du bien-être de son peuple et de sa puissance. Elles sont les conditions, les seules, de la stabilité de l’Europe et de la paix dans le monde. La liberté, l’égalité et la fraternité, cette belle devise qu’arbore avec fierté nos cœurs et notre pays, resteront lettre morte, si elles ne se donnent pas pour sens, la réalisation pleine et entière de l’’humanité, en chacun et dans le monde, et ne se donne pas pour moyens la solidarité sociale, l’équité économique, l’égalité politique et citoyenne et la diversité enrichissante et enrichie, qui les conditionnent.

 

C’est la raison pour laquelle, à travers le collectif des 577, nous nous rassemblerons, ce 14 juin en ces lieux chargés d’histoire, devant l’Assemblée nationale, pour que la France soit à la hauteur de ses idéaux, de son peuple et des défis du monde. Pour que les Français se rappellent qu’en ces lieux mêmes, une poignée d’inconnus entrèrent dans l’histoire en proclamant, en 1789, dans une France alors divisée et inégale, la fin des privilèges et la constitution de l’unité du peuple. Il faut l’union par une réelle représentation politique, paritaire et diverse. Il faut une réelle égalité par une meilleure et juste redistribution sociale et économique. C’est là les bases de l’épanouissement de tous et du renouveau français. Au risque de consacrer, si rien n’est fait en ce sens, la sclérose et l’inanité politique de la démocratie.

 

Nous déclarons que la force et vitalité d’une nation se mesure, non pas à son PIB, ni à sa capacité de destruction, mais à la solidité de sa cohésion sociale, à la cohérence de son projet de société ainsi qu’à la participation, pleine et entière, paritaire et diverse, de son peuple. Pas de croissance sans solidarité. Pas d’unité sans diversité. Pour notre nation, nous ne voulons pas juste un «Obama» français mais aussi une «baraque» pour tous. Pour chacune et chacun de ses enfants, nous ne voulons pas juste l’aide qui est un droit (et non un cancer), mais l’entraide qui est un devoir et le signe de bonne santé d’une société. Nous voulons un salaire digne pour tous et l’égalité de tous. Nous ne voulons pas juste la tolérance des parties qui s’ignorent mais l’échange des citoyens qui partagent. Les religions et idéologies ont un cœur, qui, au-delà de leurs formes historiques, tentent de dire l’humain, le sens et l’infini. Il nous faut la réconciliation qui dépasse les vieux conflits, au nom des valeurs humaines que nous partageons. Valeurs humaines qui se nourrissent des formes, riches et diverses, que sont les différentes cultures et spiritualités à travers l’espace et le temps. L’universel, c’est la rencontre des cheminements. L’universel c’est le partagé. Et la laïcité humaniste doit être la protectrice et jardinière de ce partagé universel (en son fond), diverse (en sa forme) et infini.

 

La France et l’Europe se perdent, parce qu’elles dénient l’humanité et l’importance d’un pan entier de leurs populations, aux potentiels et rêves non encore épuisés, certainement inépuisables. Le plus grand danger qui guette l’humanité, l’Europe et notre pays n’est pas l’Autre et sa différence, mais l’’incapacité de nos sociétés à relever les défis d’une politique sociale ambitieuse et humaniste, ainsi que celles d’une vision renouvelée et innovante de la diversité. C’est de cette incapacité politique que proviennent ces dangereux désirs d’«ADNisation », d’uniformisation et de catégorisation des femmes et des hommes. Aussi, au vu de l’évolution de nos sociétés et du monde, de l’interpénétration des cultures et populations et du caractère multiculturel de la France, les termes assimilation et intégration sont dépassées et n’ont plus lieu d’être. Et leur persistance dans le langage médiatique et politique témoigne, au mieux, d’une méconnaissance de la réalité, au pire, d’une volonté de domination de l’Autre. La diversité est à la France et l’Europe ce que les racines sont au fruit. Tuez la racine et voyez ce qui arrivera ensuite! Il nous faut désormais parler de contribution. De ce fait, l’éclosion du potentiel de chacun, et ce quel que soient ses origines et orientations sociales, culturelles, spatiales, religieuses ou idéologiques, doit être la finalité qui oriente les objectifs et moyens, et ils sont nombreux, de notre pays et de l’Europe. La France aujourd’hui, sans en avoir véritablement conscience, accueille en ses entrailles fécondes et volcaniques, la semence et le rêve du monde en devenir. C’est à ces graines d’avenir, issus du mariage entre l’ici et l’ailleurs, que nous voulons donner une chance d’éclore en pétales d’humanité. Cela n’est pas une chimère mais de la politique. Car l’idéal est un chemin concret fait de décision, d’action et de volonté.

 

Entre les ruines d’un modèle de civilisation qui n’est plus et l’ébauche d’une autre qui est en cours, nous sommes les éveilleurs et rêveurs d’humanité. Nous sommes les filles et fils d’une époque colossale où l’histoire gigantesque achève sa page pour s’ouvrir sur un nouveau chapitre: celle d’une humanité mature et cosmique. C’est à dire une humanité consciente de son unité, consciente d’être une continuité agissante du cosmos, consciente du caractère indispensable et complémentaire de tous les peuples, de tous les êtres, de toutes les cultures et de toutes les religions et spiritualités qui la composent. Nous sommes le bégaiement d’un nouveau monde, tâtonnant, maladroit, infini, humain et assourdissant, martelé sur l’enclume des révoltes et «printemps» en quête de révolution, d’humanité et de sens. Nous sommes la résistance populaire et colorée contre le statu quo arrogant et grisonnant. Nous sommes le stop que l’on met face l’injustice, par la révolte de ceux qui la subissent. Nous sommes les femmes, les hommes, les jeunes, les vieux, les pauvres, les poètes et prophètes qui donnons sans retour une fleur à l’âme humaine en giflant les tyrans de tout bord. Ici, en nous, indigènes colonisés et indignés exploités sont amenés à se retrouver dans la dignité d’une alternative de civilisation qui dit l’humain et la fraternité. Nous sommes acte de dépassement, de reliance et de symphonie du monde. Nous sommes ce grand moment où l’humanité fait peau neuve. Où elle s’enfante en chacun de nous, cherchant un nid de fraternité et de solidarité, loin de toute misère, de toute haine et de tout uniforme pour se couver d’espoir et de grandeurs et s’épanouir en unité. Nous sommes l’avenir, faites place… nous arrivons!

Ousmane Timera

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