Le «Laïcide» ou la subversion des valeurs Républicaines

13 septembre 2016

2.Politique

Les idées et valeurs sont vivantes. Elles sont porteuses d’une certaine conscience sur le monde. Et comme toute conscience, elles sont capables de perdre la tête, d’oublier leur fin et, ainsi précipiter la fin. Elles peuvent devenir folles et mutiler l’âme, la personne humaine, qu’elles étaient à l’origine venues nourrir. Insidieusement, le sens se transforme. L’idée, n’étant plus portée par l’idéal qui l’élève, devient l’idole qui nivelle. Au lieu de nourrir son âme, la voici qui fait mourir son homme. L’amour se confond sans coup férir avec la mort. Destiné à devenir humain, l’homme, de l’intérieur, se fait domestiquer au nom des idées les plus humanistes. C’est ce qui est advenu de la laïcité, de la neutralité de l’État, qui se métamorphose en une folle idée de neutralisation de la société en sa diversité. Un petit totalitarisme. Un «laïcide».

Ainsi la laïcité est victime d’un «laïcide». Un meurtre insidieux du principe de neutralité de l’État et de son devoir d’égalité, sournoisement commandité par une élite moribonde, agrippée à ses privilèges et arrimée aux ossements d’un passé glorieux fantasmé, avec pour bras armé un laïcisme populiste au relent raciste et islamophobe.  Triste glissement, prévisible paradoxe, qu’alimentent la nostalgie coloniale et l’opium de l’anti-religion que partagent, dans leurs confusions néolibérales et/ou identitaires, la gauche, la droite et leurs extrêmes, sous le masque trompeur des lumières, de l’Etat de droit et de la sécurité. C’est que l’inaction exige l’agitation et la domination impose l’illusion. Les principes restent en leur lettre mais se vident de leur être. L’esprit est devenu zombie.

Les valeurs se vident quand la domination soumet leur sens

En effet, combien de combats pour la justice se transformèrent en lutte de pouvoir? Combien de grands libérateurs révélèrent, une fois aux commandes, les dessous sanguinaires de leurs soifs de domination? Combien d’opprimés, hier, devinrent les bourreaux d’aujourd’hui, au nom de leurs souffrances passées? Combien de mur s’érigent dans le sillage des belles déclarations de fraternité? Les idéaux coupés de leur sens, peuvent devenir les paravents des plus bas instincts (laïque ou religieux). Qu’il s’agisse du message de Jésus, message d’amour principalement, au nom duquel tant d’empires s’établirent et tant d’innocences furent bafouées. Ou celui de Mohamed, Prophète de la conscience cosmique et de la miséricorde universelle, pour lequel tant d’ignorances, manipulées et manipulatrices, aujourd’hui, se propagent et « s’explosent ». Ou encore celui des «lumières», de la modernité ou de la démocratie qui débouchèrent et débouchent encore, insidieusement ou directement, à l’impérialisme, la colonisation et l’exploitation sans vergogne des hommes et de la nature. L’asservissement n’a pas de religion mais sait utiliser toutes les valeurs pour se justifier. C’est l’oubli de cette règle que les intégristes laïques gauchistes ou identitaires oublient (ou font semblant d’oublier) dans leur rapport avec l’Islam et les musulmans, dans leur « sainte alliance » objective avec les intérêts oligarchiques et l’exploitation qu’ils disent combattre. L’égalité peut être universaliste dans l’entre soi des salons parisiens, elle ne devient universelle que dans la diversité réelle du monde. C’est l’épreuve de feu de la République française et de ses principes. Et celle-ci semble s’obstiner à ne pas la réussir.

Que ce soit au nom de Dieu, de l’homme ou de la nature, la noblesse des causes peuvent certes différer, mais les trahisons, elles, restent les mêmes, quand l’humain devient le moyen de ce qu’il dépasse dans l’oubli de ce qui le dépasse, passant ainsi de l’idéal à l’idole, de la République à l’oligarchique. Quoi que puisse être l’idéal proclamé, cette réalité, ce détournement du sens, cette dissolution de l’humain,  n’est pas juste religieuse, elle n’est pas juste politique. Elle est en lien avec tout désir de pouvoir. Elle est homicide par l’universalisme uniforme contre l’universel partagé.  Elle est déphasage entre la réalité du peuple et ses capacités et idéaux, qui devient de la sorte populace et basse.

C’était liberté. C’était égalité. C’était fraternité. On y ajoute désormais, au moment où cette devise sans cesse est sifflée par la laideur de son inanité, le mot laïcité. Signalant, par sa répétition propagandiste, comme pour la devise française, la réalité de son absence. C’est pour désigner ce processus de fossilisation, d’idolâtrie, d’idéologisation et d’inversion philosophique des valeurs de la modernité et des lumières, qui gangrène aujourd’hui la République et ses principes, que le terme de « laïcide » fut forgé.  La Liberté politique étant, dans ce contexte, remplacée par le libéralisme économique, l’égalité citoyenne par le laïcisme identitaire et antireligieux et la fraternité humaine se transformant sous nos yeux en un « charlisme » d’inquisition. Liberté, Egalité, Fraternité contre leurs versions zombies dominantes que sont le libéralisme, le laïcisme et le charlisme (un prochain article se chargera de définir ces concepts somme toute assez éloquents en soi).

La République laïque et sociale est morte

La République laïque est morte. Cela fait belle lurette. Seul son corps, à coup de vocifération idéologique laïciste et néolibérale (dans leurs formes contradictoires), subsiste, telle une momie aux postures farouches. C’est une fétichisation du souvenir que représente le corps décharné des valeurs. Mais le fétiche est avide de sang et les valeurs sont devenues fantômes. Or seule la peur et la guerre, seule l’illusion et les postures qui vont avec, peuvent maintenir son ordre dépassé dans l’esprit des « ouailles » affolés. De ce fait, le terrorisme comme le populisme sont les alliés objectifs  de ce maintien de l’ordre établi, qui empêche toute véritable révolution créatrice. La peur et la haine saturent l’esprit, insultent la révolte et écrase la créativité, tout en prétendant agir en leur nom. Ainsi, le laïcisme est-il un meurtrier qui a pris les traits de sa victime (la laïcité et la république) pour mieux la dépecer et participer à l’exploitation et domestication des plus faibles qui est en cours dans le monde et en France, par la domination oligarchique.

C’est ce qui arrive, de tout temps, en période d’empire et de domination de l’homme par l’homme. Et si les « théologies » et « athéologies » (religieuses, idéologiques et/ou économiques) différent, les résultats, eux, restent identiques: les principes universels continuent d’être proclamés en servant le contraire de leur finalité (l’idéal transcendant), et en asservissant leur but (l’humanité de l’homme).  De la neutralité religieuse de l’État, on en est venu à la neutralisation athéiste des consciences, du religieux (qui est la marque même de l’humanité de l’homme et de sa transcendance) et de l’Autre (immigré(e), musulman(e), non blanc, jeunes et/ou pauvres). De la liberté de pensée qui était courageusement proclamée face à l’hégémonie cléricale, nous avons glissé vers la défense de l’identité «chrétienne, athée, antireligieuse et franchouillarde» fantasmée par les cyniques et les frustrées contre les plus faibles. Que notre pays ait des difficultés, cela est indéniable. Mais l’absence de réponse pour les régler se cache derrière la recherche du bouc-émissaire et la tentation autoritaire. Le manque de projet et de rêve se comble et se cache toujours par/derrière le rejet et la guerre.

Une religion particulière, le laïcisme identitaire

Venons-en à la notion (ambiguë sur le plan philosophique, il faut le dire) de laïcité. Pour être plus précis résumons les principes organisateurs de la vie commune dans l’espace publique et des relations entre Etat et organisations cultuelles, telle que l’impose la loi (intelligente et mesurée) de 1905 :

1)    Entre les institutions religieuses et les institutions de la République s’observent un principe de non-ingérence de l’une dans les domaines et champs de compétences de l’autre.

2)    La neutralité de la puissance publique envers toutes  religions, toute les écoles et courants de pensée ou conviction particulières. Ce qui induit et permet obligatoirement la liberté de conscience, d’expression et de culte en publique comme en privée, individuellement et collectivement, dans le respect du cadre légal.

3)    L’égalité des droits est donc de vigueur quelle que soit la conviction et/ou l’appartenance religieuse et philosophique.

A l’aune de ce qui vient d’être exposé d’une part et d’autre part, des polémiques en cours sur l’Islam depuis plus de 30 ans (Dont celle sur la burkini en est la plus pathétique) ainsi que des lois qui s’inscrivirent dans leur sillage. A l’aune de tout ceci disions-nous, nous nous rendons bien compte qu’il n’est point question, dans le débat public français, de neutralité de l’Etat et d’égalité citoyenne. Mais plutôt de l’embrigadement idéologique de la République en faveur d’une religion particulière: le laïcisme athée et identitaire et d’une politique de « bouc-emissairisation » d’une composante de la population française, en l’occurrence les musulmans et descendants des immigrés issus de l’ancien empire coloniale. Et dont la religion et les cultures sont idéologiquement et arbitrairement  jugées «incompatibles avec les valeurs de la République» par les « théologiens » et «athéologiens» de la laïcité.

Il s’agit d’un véritable travail, en profondeur, de falsification réactionnaire auquel participent indistinctement la gauche et la droite, à la poursuite de l’extrême droite qui mène la danse, pour le bonheur des bénéficiaires de la crise qu’aucun parti, réellement, ne veut régler en ses racines. C’est une posture qui cache l’imposture que sont le défaitisme, le racisme, le paternalisme et l’impérialisme (interne et externe) des puissants et des aigris serviles. La situation demande non l’incantation des slogans, du passé ou de l’identité mais une révolution au niveau philosophique et politique qui donne à la nation une vision et un destin, et aux citoyens (tous ceux qui vivent en France) les voies et moyens de l’humanisation de l’homme (élévation spirituelle, épanouissement social, indépendance économique, autonomie politique, innovation « technécologique » et brassage culturel).

Vers une nouvelle dynamique philosophique et politique

Une telle transformation, dans ce contexte de délitement du social au profit du pénal, de l’égalitaire pour l’autoritaire, ne peut être menée par l’élite qui nous dirige actuellement. Car elle n’en a pas l’imagination et tel n’est pas son intérêt. D’où le statut-co que nous connaissons depuis quarante ans, qui se contente, en terme d’innovation politique et économique, d’imiter des vieilles recettes et de se limiter à la gestion de l’ordre établi. Seule une nouvelle génération, dont l’histoire n’est pas tributaire de l’héritage de la gauche et de la droite et de leurs trahisons extrémistes, peut être porteuse d’une nouvelle dynamique philosophique et politique dans la reliance assumée des «Lumières» et de la «Lumière», de l’humain et du divin, par le dépassement critique de leur idéologisation impérialiste, laïciste, populiste et fondamentaliste.  Le vide laissait par la disparition du gaullisme et du communisme, dont le laïcide est le symptôme, ne peut être comblé et dépassé que par cette transcendance et reliance cosmique, dont les héritiers (que nous sommes) à la fois de la civilisation occidentale et de la civilisation afro-arabo-euro musulmane, sont les seuls porteurs. Il s’agit d’un acte de résistance et d’espoir, de transcendance et de créativité. Nous sommes les «Tirailleurs », qui, une nouvelle fois sont appelés à défendre la France, contre, encore une fois, cette partie d’elle-même qui l’ethnicise et la «religionise» au détriment de son projet véritable : Liberté, Egalité, Fraternité, Universalité. C’est le rôle historique que doivent jouer ceux sur qui se déverse la corrosivité du laïcide, et auquel l’auteur de ces lignes entend donner voie(x). Cela sera long et difficile. Mais l’obscurité s’acharnent d’autant plus qu’arrive l’aube. Pour nous le temps parlera.

Ousmane Timera

 

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