Libérer l’Islam 3: fondement philosophique coranique de notre critique

28 avril 2017

7.Libérer l'Islam

Libérer l’Islam 3: fondement philosophique coranique de notre critique

Suite à mes deux précédents billets et ce qu’ils suscitèrent de réactions, je poursuis en ces lignes la réflexion menée sur cette partie du droit musulman, concernant l’esclavage institué, le traitement injuste des femmes, l’inégalité inscrite en principe (sur le plan social et politique) fondée sur le sexe, l’appartenance religieuse et/ou sociale, et la guerre (particulièrement le traitement des prisonniers qui peuvent être réduit en esclavage).

Dans ces domaines précis (il y en a d’autres mais nous ne visons pas l’exhaustivité) j’indiquais qu’il n’était pas question de réformer mais de rejeter en bloc (ou de façon plus polémique de jeter à la poubelle) le contenu conservé, enseigné et défendu par nos prédicateurs et « savants », comme n’étant, non pas seulement inadapté à notre époque, mais tout bonnement infidèle aux orientations du Coran tel que littéralement indiqué par l’harmonie de ses signes.

Les réactions négatives ou positives, que ces des billets reçurent et les pistes et champs qu’ils ont ouvert, exigent à ce que la réflexion se poursuivent et se déploie de façon plus profonde, comme cela était l’objectif dès le départ de la publication de ses positions.

Tout d’abord, clarifions nos objectifs et la méthode que nous avons pour les atteindre. Ceci répondra peut-être à quelques objections faites sur notre procédé.

Mon projet n’est pas réformiste, il est plus ambitieux

Mon propos n’est pas réformiste. Il est plus radical et plus conséquent. C’est parce que, ce que nous appelons le réformisme musulman n’a pas (était) pensé au niveau des paradigmes et s’est contenté d’opérer des adaptations sur des points secondaires vis-à-vis de la modernisation (même pas de la modernité), que la pensée musulmane contemporaine continue d’être dans la sclérose qui la caractérise aujourd’hui. Je ne suis donc pas réformiste. Mon objectif et ce qu’il exprime de pensée et de méthode sont plus radicaux (à la racine) et révolutionnaire (dans le sens étymologique du terme). Comprenons-nous bien, je ne veux pas renverser le récipient d’eau, ni la conserver, ou changer sa couleur, je veux la remplacer par la source d’eau pure qu’est la révélation, et je veux pousser chacune et chacun à aller à cette source, au lieu de se contenter de boire l’eau stagnante et puante de ce récipient qu’est l’héritage. Charge ensuite à chacun et chacune de se faire le récipient qui convient à ses besoins pour prendre et garder un peu d’eau de cette source, sans pour autant réduire la source infinie avec le contenu de son récipient. Qu’il faille « recycler » le récipient  désuet et dépassé qu’est l’héritage musulman,  pourquoi pas, mais cela est secondaire et ne ressort ni de la foi, ni de l’islam mais de l’histoire et d’une civilisation, la musulmane, qui n’est pas l’Islam. Mais en tous les cas, ce recyclage auquel nous participons et souhaitons contribuer, ne doit se faire qu’à partir de la source auquel tous (l’humanité sans être musulmane) doivent pouvoir s’abreuver et se ressourcer, en ayant pour visée la civilisation humaine en tant que tel. Il faut changer le cadre, la méthodologie de pensée qui permet de telles inepties (esclavage, domination, maltraitance de l’humain), non plus de juste la réaménager, à partir des signes du révélé qui oriente vers ceux du créé qui le confirme, au-delà des interprétations (les récipients) qui les réduisent.

Ainsi, ces points du droit musulman (qui n’est pas l’Islam encore une fois) ne sont que des points secondaires par rapport à ce qu’ils sous-tendent de philosophie qui contreviennent frontalement au Coran et à l’humanité de l’homme qu’il vient défendre et orienter. Ce que notre intervention vise à mettre à nu. Mais en même temps, en tant qu’illustration concrète de cette contre-révélation anti-islam, qui s’est infiltrée partout dans notre pensée et religiosité, il nous faut aussi combattre ces égarements intellectuels et leur turpitudes sociales et politiques, en tant que tel.

C’est donc bien à partir d’une vision construite et cohérente, tout ceux qui m’écoutent et me lisent avec attention s’en rende compte, que mon propos et ses idées se déploient.   Jusqu’ici rien de nouveau sous le soleil. Et la nouveauté pour la nouveauté n’est d’ailleurs pas ce que je vise, même si, vu la nature de mon projet, j’espère proposer des pistes nouvelles et des solutions pour mes contemporains humains, à partir de ce que je considère être la source ultime des révolutions passées et futures. Le Coran en tant que révélation et préservation de la dynamique de dépassement continu de l’ordre des choses par la révélation du sens des choses, qui fonde l’intuition et l’agir de l’Humain.

Pourquoi les réseaux sociaux, pourquoi ce cette forme polémique ?

Pourquoi les réseaux sociaux pour « balancer » ces idées ? Telle est la question que certains esprits « brillants » à mes yeux, mais décevant je dois l’avouer, me posent (m’opposent) comme arguments face à ce que je pointe et soulève ici de contre coranique dans l’héritage musulman. Ma réponse est simple : cette question n’a pas lieu d’être si l’on considère Facebook et consœur comme des outils et moyens de diffusion des idées, au même titre qu’une conférence, une vidéo, un livre ou autre. Chacun de ces moyens seront utilisés dans la mesure du possible et si cela sert mes objectifs (susciter la réflexion, autonomiser les gens, pousser à la méditation du Coran et à la réforme du monde vers le vers le bien). Et c’est tout !

Quant au style, il a atteint son objectif: susciter le débat et la réflexion.  Car au fond, si la réduction à l’esclavage, la domination des femmes, l’inégalité entre les humains ou la dictature sont des ignominies, ils ne peuvent faire partie de l’Islam et si telle est le cas, je ne sais pas où l’on devrait jeter de telles bêtises, si n’est à la « poubelle » et cesser de les enseigner et de revenir sur le Coran afin de tirer des enseignements libérateurs qui correspondent à ses orientations et à sa philosophie. Bref, ceux qui n’ont d’autres arguments que cela devrait reflechir avant de parler.

En partant de la philosophie coranique de l’homme et de l’histoire

Maintenant revenons à ce qui est plus fondamental et vis-à-vis duquel je ne me détournerai plus pour répondre aux différentes objections (je n’en ai pas le temps, ni l’envie).

A côté des autres chantiers ouverts (philosophique, méthodologique, poétique, politique et théologique) je souhaite que celui qui nous occupera ici un temps s’intitule « libérer l’Islam ». Et pour entamer l’étape que j’annonçais dans mon deuxième billet, à savoir celle de l’exposition plus détaillé des éléments, dans ces points du droit musulman, qui sont à mon avis en contradiction avec l’Islam tel que le Coran le définit. Pour entamer cette étape disais-je, il nous faut justement dessiner cette vision coranique dans laquelle mon propos s’ancre et à partir duquel ma critique et mes propositions se déploient.

La révélation coranique est une révolution permanente. Dans le sens où la conception qu’il donne de Dieu, du monde, et de l’homme, lorsque méditer directement et compris, enclanche un processus de dépassement et de remise en cause de tout ce qui réduit l’homme à sa part animale et à ses sens, qu’il ne renie pas mais relie à l’esprit qui leur donne sens (Coran Sourate15, signe29). Ce, pour qu’il soit, en tant qu’humain, qualifié et calife (lieutenance) (S2, s30) pour civiliser la terre (« Isti’mâr ») (S11, s61) selon les principes de cette lieutenance. C’est là sa mission, sa « amâna » qui prouve son humanité, sa supériorité et sa responsabilité dans le choix libre qu’il peut faire d’aller vers le meilleur de lui-même ou pas (S33, s72); c’est là son épreuve (S67, s2), le but de sa création et son adoration (S51, s56), qui le rendra plus humain parce que s’élevant vers le divin qui le soutien.

Pour cela, une telle mission existentielle et cosmique (dans le sens où il s’insère dans une conscience pleine du sens du tout qui a été mis à son service, « taskhîr ») et les dispositions naturelles et spirituelles qui vont avec pour la réaliser. Tout cela disons-nous, entraine la dignité intrinsèque, fondamentale, inaliénable et de principe de la totalité des membres de la famille humaine, quel qu’ils soient (S17, s70).

Ainsi l’islam tel que le Coran le définit (du-moins tel que nous le comprenons) est ce qui permet la réalisation de cette mission humaine de lieutenance et de civilisation de la terre, dans la création, pour Dieu. Pour ce faire, les personnes, au nom de leur origine commune et de leur interdépendance de fait, sont frères et solidaires (S4, s1) et ont pour tâche de faire de leur diversité culturelle une voie d’enrichissement mutuel (S49, s13) et de leurs différences religieuses, voulues par Dieu, une occasion d’émulation mutuelle vers le bien (S5, s47) dans le respect voire la protection de cette diversité religieuse (S22, s34 ; S22, s40 ; S22, s67), en attente de la vérité ultime qui n’est pas de ce monde et est auprès de Dieu seul (S22, s17).

Si nous reprenons en leur quintessence et conséquence le contenu de ces passages, il est question dans le langage d’aujourd’hui de dignité, de fraternité, d’égalité, de liberté, de solidarité, de diversité, de respect des différences et de collaboration de la race humaine, en toutes ses composantes, avec la nature qui est mise à leur service sans être leur servante, dans le but qui leur a été fixé par leur créateur, et pour lequel leur nature, bon gré mal gré, agit ou s’agite.

Contre-révélation

Face à ce projet cosmique humain, annoncé dès l’aube de l’humanité, inscrite dans la graine fondamentale de sa nature (fitra), rappelé par tous les messagers envoyés à tous les peuples (S35,23)  (donc pas de peuple élu) et synthétisé, corrigé et complété par le Coran qui est l’expression pure de cet avant des religions (S30,s30) et en est le dépassement (haymana) (S5,s47) complet et accompli car fondé sur la licéité de principe, la restriction des interdits et l’allègement face à la difficulté (S5, s3-4), rendant la prophétie dépassé et l’humanité universellement en majeure et prochainement mature au niveau cosmique, car n’ayant plus besoin de prophètes (S33, s40).

Face ce projet disais-je, s’érigera un contreprojet doté de sa contre-révélation pour mener sa contre-révolution et contre-création pour prouver l’indignité de l’Humain, le dominer et détourner le sens des choses vers leur finalité, en le réduisant à elles. Le Satan, car c’est de lui dont on parle, est celui qui s’opposera à cette mission de l’Humain.  Il est celui qui essaiera de l’en détourner en tentant de lui imposer un contre-projet, en falsifiant (tahrîf) l’élément spirituel-symbolique-moral (la lieutenance) et en la détournant de son sens (l’élévation, l’humanisation, la création) vers son contraire (l’élevage, l’animalisation, la destruction). Cela, avec tout ce que cela entrainera de conséquence sur le plan civilisationnel, alors réduit à la domination (comme finalité), à la sélection naturelle (comme model) et à la consommation (comme mode de vie). Ce qui aboutit sur le plan de l’éduction et de l’interaction des besoins symboliques et matérielles entre individus, sociétés et création (c’est-à-dire le sociale, l’économie, l’écologie et la politique qui les conduit et les gère) à une ignorance destructrice des finalités et vectrice de violence et de terreur (djahiliyya).

De ce fait, le projet divin pro-humain élève l’Homme ; celui satanique anti-humain le soumet. Tout ce qui élève les femmes et les hommes est islam, quelque-soit l’espace-temps, la cuture et la religion-spiritualité, dans laquelle vient s’inscrire et s’exprimer cette élévation. Elle est divine et coranique, parce que juste et correspondant à la vérité-réalité des choses. Tout ce qui rabaisse et réduit les femmes et les hommes quels qu’ils-elles soient est satanique. Donc anti-divin et anti-coranique, parce qu’injuste (zulm) et mensonge (bâtil).

L’injustice et le mensonge de la domination, le paradigme d’Iblis en somme, n’existant jamais par soi,  devient et se maintient par la falsification  (tahrîf) de la vison et des qualités de l’humanité » (Ibn khaldun et Emmanuel Kant) et de ce qui la révèle/réveille (la fitra, la prophétie, les religions) qui correspond au versant symbolique de son être et rôle (lieutenance) ; en vue de corrompre (fasâd) l’action et la civilisation par l’imposition de la force et de la quantité, comme norme ultime et indépassable de l’existence. C’est l’instinct, l’instant et le comptant qui alors règnent (comme la mondialisation actuelle).

C’est la raison pour laquelle, le contre-projet d’Iblis commence par les suggestions incessantes (waswâs) dans l’âme et se fossilisent dans la falsification des messages des Prophètes (S22 ; s52-53), pour créer des religions terrestres qui légitiment la domination au nom de Dieu et de ses messagers, par l’intermédiaire des clergés (le volet symbolique) qui en émergent et des oligarchies (le volet temporel) qui s’érigent et qu’elles soutiennent par nature et nécessité. Ce, en faisant des êtres humains, non une famille unique mais des races différentes ; non pas des califes, lieutenants, égaux en dignité et aptes à participer ensemble à la direction du monde, mais un troupeau d’obligés et de soumis devant s’abandonner au bon vouloir de quelques-uns ; et enfin, en faisant du bien et des biens, non pas ce qui se partage parce que appartenant à tous, détenu par tous de façon differentes en tant que don de Dieu, pour permettre l’échange et les relations créatrice, mais une chose raréfiée, accumulée  et thésaurisée, pour rendre les autres dépendants et les détourner de leur mission et finalité (Dieu). Ce qui est à proprement parlé du shirk, de l’idolatrie qui transforme les moyens en fin.

De ce fait, l’ignorance et la pauvreté, qui soutiennent la domination, sont, d’un point de vue coranique, deux obstacles à l’adoration de Dieu l’unique, dans ce qu’il nous ordonne de lieutenance et de civilisation, qui demandent tous deux science et souveraineté, pour réaliser son projet cosmique. C’est la raison pour laquelle, de tout temps, les prophètes ont été majoritairement suivi par les déshérités et « damnés de la terre » amener à remplacer les dominants qui n’avaient plus le sens des valeurs (parce que falsifié) et n’accorder de valeurs qu’à la puissance et à la force brute, coupé de la vraie force, la symbolique-spirituelle.  Et contre lesquelles il est demandé de résister en soi, avec les autres, dans le monde, dans tous les domaines, pour ne pas laisser détruire la terre (S2 ;s251 ; S22, 39-41) et combattre l’oppression (fitna) qui la rend possible.

En conclusion

Les finalités de la charia (la voie), au-delà des objectifs de la loi des juristes (qui restes incomplètes et réductrices), sont de permettre la réalisation, en vision, en acte et dans la création, de la civilisation sous l’égide de la lieutenance et d’empêcher tout ce qui contrevient à cela.

A partir de cette « philosophie coranique » de l’homme et de l’histoire ici synthétisée et de la vision de l’Islam qu’il propose, vous comprenez, (pour ceux qui bien-sûr étudié ces questions) pour quelle raison il y a un problème de fond, pour ce qui concerne la religiosité de façon générale, et celle des musulmans en particulier. Peut ne s’en faut qu’elle soit l’exacte contraire de tout ceci. Dans cet horizon de signes clairsemés et cohérents comment la justification de l’esclavage, de la domination de la femme, de l’inégalité entre les humains (sous prétexte, de sexe, de religion, de position sociale, de couleurs de peau, ou compte en banque) et de l’acceptation de la dictature peut-elle coexister dans un esprit saint, avec l’idée de la justice et miséricorde divine et de dignité humaine. Alors que l’Islam, dans la réalisation concrète de sa révolution, avait débuté par le combat contre ses « crimes ».

Voilà ce sur quoi se fonde ma critique du droit musulman, et à partir de quel paradigme et vision s’opère mon travail de correction, dépassement et de création. Entre les conservateurs bigots et les démolisseurs stupides, je suis un bâtisseur conscient, car doté du plan général, qui sait ce qui conserve et pourquoi, et ce qu’il jette « à la poubelle » et pourquoi, par rapport à ce qu’il veut construire au nom de la vision globale et cosmique que lui donne la révélation sur la création. La contre-révélation, sans avoir pu falsifier le Coran, s’est chargé de falsifier notre islamité. Sa contre-révolution s’est introduite dans les moindre interstices de la pensée musulmane imbibant de sa couleur tout notre rapport au divin, à l’humain, au monde et au Coran. C’est ce qui nous empêche d’être à la hauteur de la mission cosmique auquel nous destine le Coran, en tant que communauté chargée de montrer à l’humanité la voie et le modèle de son unité et transcendance. Il est clair qu’avec un enseignement qui légitime la domination, l’inégalité et l’indignité de certains, nous ne pourrons jamais être vraiment musulmans : c’est à dire des acteurs et propagateurs de paix (SLM, salam, islam, muslim).

A la suite de ce développement, le prochain billet pourra rentrer concrètement dans le premier de ses points inscrits dans le droit musulman mais que nous considérons comme contre islamique et contre-coranique et la conséquence de la déprogrammation de ses réformes : l’esclavage. Nous y verrons comment le Coran traite de ce sujet et comment le droit musulman le traite, en contradiction, de notre point de vue, avec l’Islam (sans que cela veuille signifier un quelconque jugement de valeur sur les individus, notamment nos savants et leur sort).  Dieu est plus savant !

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Une réponse à “Libérer l’Islam 3: fondement philosophique coranique de notre critique”

  1. Hussein deja Dit :

    Salam alaïkom, il n’y a qu’à lire la sourate 2 lorsque Dieu annonce aux anges la création de l’espèce humaine et que ceux-ci dirent que ceux-là mettraient le désordre sur terre avec entre autres les guerres. Et comment Dieu fit taire les anges ? En enseignant le savoir profane à Adam.
    C’est donc avec le savoir que l’on pourra combattre le fanatisme et le désordre sur terre et faire régner la paix mon cher frère.

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